Jeanne d'arc

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  Jeanne était hallucinée, son film est hallucinant. Si elle parlait volontiers de son âme, Besson frappe à l'estomac. Avec lui, le Moyen Age est férocement médiéval. Avant de violer une femme, on la cloue à la porte d'un bon coup d'épée. On reste dans l'univers de "Léon" et de "Nikita". Les massues et les épieux taillent l'émotion à la hache ussi bien que les bazookas et les balles explosives. Les extraordinaires reconstitutions de "Braveheart" sont loin. L'Esprit-Saint ne s'est pas penché sur les scènes de combat. En revanche, il a veillé au jeu des acteurs. De Milla Jovovich à John Malkovich (Charles VII) en passant par Vincent Cassel (Gilles de Rais), Pascal Greggory (le duc d'Alençon), Dustin Hoffman et les autres, ils sont tous emportés par la fièvre de la guerre de Cent Ans. Très longue guerre qui justifie sans doute un film longuet. Pourtant, si les extases de Jeanne sont peu inspirées, on l'observe nous aussi avec les yeux fascinés de ses compagnons de combat. Cette vaillante petite Française pourrait bien tailler des croupières à la perfide Hollywood. Il faut dire qu'elle a plus de moyens que le pauvre petit roi de Bourges. Avec le budget de Besson, le dauphin aurait vite fait de bouter l'Anglais hors de ses terres. Mais ne rêvons pas: jamais il n'aurait enthousiasmé son peuple autant que le film va plaire au public. Et tant mieux. Soudain, cette sainte de carte postale confisquée par Le Pen redevient une héroïne à la Michelet: belle et généreuse, capable de transformer les soudards en enfants de choeur. Et de faire l'unanimité. Hier dans le royaume, aujourd'hui dans les salles.