
1462. Le comte Dracula , de retour de croisade (Gary OLDMAN) découvre sa femme suicidée : il abjure sa foi et s'allie avec les forces des ténèbres ...
Des siècles plus tard , devenu vampire , Dracula croit reconnaître la défunte dans une jeune Londonienne (Winona RYDER) ...
Il s'agit , de l'avis même des meilleurs spécialistes du cinéma fantastique (Gérard LENNE ...) , de l'adaptation la plus fidèle du roman de Stoker : et depuis le NOSFERATU de MURNAU , il y en eut des films greffés sur le "mythe" de Dracula ...
COPPOLA a , depuis un étonnant prologue en ombres chinoises , ressuscité un mythe touffu dans une optique volontairement baroque et gothique ... Les décors , les costumes surchargés , les couleurs rouge sang , vert et or ... ruissellent de beauté inouïe .
Stoker évoquait , à l'époque du roman , la syphilis ; COPPOLA et son scénariste James HART abordent , de manière à peine voilée , le SIDA , fléau de la fin du XXème Siècle .
La version 91 de COPPOLA se caractérise par un romantisme exacerbé : Dracula est un fou ... d'amour . La musique symphonique de Wojcieh KILAR soutient admirablement cette dimension passionnelle . (Grâce à ce film , cet excellent compositeur polonais a , enfin , pu exercer son talent sur la scène internationale) .
Pour la première et unique fois , Dracula épargne une de ses victimes ... par amour .
Comme l'a souligné Gérard LENNE dans Le Mensuel du Cinéma : "La fiancée ... prend une envergure sans précédent (et on comprend que Winona RYDER ait tant insisté auprès de COPPOLA) . Première femme de la saga draculéenne qui ne succombe pas à la séduction du vampire mais se donne à lui sur un pied d'égalité , première également à détruire Dracula en enfonçant elle-même le pieu , puis en tranchant sa tête , le tout par amour."
COPPOLA domine , en démiurge , ce film fascinant : il convoque tous les styles des précédentes versions en un patchwork convulsif . Hommage à Méliès (par ses trucages primitifs) , à Cocteau (pour les transitions "merveilleuses") , à Herzog (pour son romantisme) , à Spielberg (pour les courses-poursuites dans la neige) ; tentation du "gore" . C'est une relecture moderne du mythe !
C'est une oeuvre foisonnante , riche , bizarre par son cocktail de styles mais remarquablement interprétée (par Gary OLDMAN , Winona RYDER et Anthony HOPKINS) et frénétiquement réalisée ; on peut exprimer certaines réserves sur des "effets-chocs" un peu usés (la caméra subjective menaçante est devenue un "lieu commun" du fantastique) ...
Droits réservés : Jean-Francois HOUBEN
Octobre 1997